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Aux frontières de l’art

"Toujours vivants"

Prologue

Le projet "Toujours Vivants" émane d'une quête profonde pour immortaliser les visages et les mains des réfugiés et des migrants, ayant trouvé refuge sur les terres de la liberté et des droits de l'Homme : un symbole d'espoir et d'accueil.

Cette initiative vise à incarner leur parcours et leur expérience en une œuvre d'art dans des lieux symboliques dédiés à leur cause ainsi que dans des espaces privés. A ce titre, l’artiste photographe plasticien Gao Bo se propose comme partenaire du projet. Il mettra à disposition son espace culturel BoArt, situé au Pavillon des Jouets à Vernon, pour une exposition d’une durée d'un mois.
Ce projet de l'artiste Yazz naît d’un sentiment d’injustice profond, inspiré par les conditions d’accueil réservées à ces hommes, femmes et enfants. Par essence, cette œuvre artistique est une réponse en action, découlant de sa sensibilité et de son savoir-faire, face à une réalité à laquelle il ne peut ni échapper, ni rester indifférent. Cet engagement personnel a donné naissance à ce projet, il y a un peu plus de dix ans. Il se manifeste à travers diverses initiatives, allant de collaborations artistiques à des expositions caritatives et des installations commémoratives. Pour exemple, à la Porte de la Chapelle, où il a collaboré avec des compagnons et collègues tailleurs de pierre pour déplacer et sculpter des blocs de pierre anti-migrants. Il se traduit également par des expositions caritatives et solidaires en faveur des réfugiés, par une exposition au Matahari à Evreux, avec Christine Ortega, responsable de l'association Les Petites mains pour la dignité, une installation à Emmaüs à Mantes-la-Jolie d'une sculpture/peinture en hommage à l'Abbé Pierre, par la réalisation de moulages du visage et des mains d'un sans-abri à Évreux, etc.

Son objectif est de sortir de l’invisibilité ceux qui vivent dans la rue et dans la précarité et de leur accorder une dignité et une voix au sein de notre société, tout en éveillant les consciences sur leur réalité. Ce projet convie les spectateurs à un voyage au cœur de l'humanité, où l'art se fait vecteur de lien et de reconnaissance, où chaque visage, chaque main, raconte une histoire et porte un héritage.

Technique & Mise en œuvre

La première étape de ce projet consiste à établir des liens avec différentes associations de Normandie, de manière à entrer en relation avec les réfugiés et lier connaissance, leur présenter le projet et les inviter à y prendre part. La sélection des participants sera naturellement aléatoire, dépendant de leur volonté de participer au projet et de laisser leurs empreinte à travers le moulage de leurs visages et de leurs mains. Concernant les cartels, chaque personnage moulé aura son nom, prénom, sa profession, le taux de mortalité de son pays d'origine dû aux bouleversements politiques ou climatiques, les ayant obligés à fuir leur pays. Ce premier contact se fera au travers de différents organismes associatifs tels qu'Amnesty Internationale, la Ligue des Droits de l'Homme, Utopia 56, États Généraux des Migrations Rouen, La Cimade Normandie, ainsi qu'Adoma et Alfa à Vernon. Ces derniers sont déjà partenaire du projet.
Maîtrisant l'art du moulage depuis le début des années 2000, où il a contribué à la réalisation de vitrines pour Eurodisney aux côtés d'André Paradis. Il a depuis perfectionné sa pratique du moulage en l'appliquant régulièrement à ses propres sculptures. Il eut l'opportunité de travailler sur des moulages de corps humains pour les sculptures de son ami, l'artiste britannique Jason DeCaires Taylor, dans le cadre de ses musées subaquatiques. Cette collaboration artistique, née d’une rencontre lors d’un symposium international de sculptures en Crète en 2008, s'est représentée à plusieurs reprises, notamment à Lanzarote (îles Canaries) en 2014, à Chypre en 2021 et à Cannes en 2020, dernier projet où Jason et Yazz furent invités à la projection du documentaire au palais des festivals de Cannes.
Du point de vue technique, le procédé est le suivant :
1. Préparation du modèle vivant à mouler : les vêtements sont protégés par une bâche plastique, tandis que les cheveux sont enveloppés dans du cellophane.
2. Préparation de l’alginate : un produit de moulage à base d’algues, naturel et non allergène, offrant une finition impressionnante.
3. Préparation des bandes de plâtre pour le contre-moule.
Une fois l’alginate appliqué sur le visage (avec un temps de prise d'environ 15 minutes), des bandes de plâtre y sont superposées (avec un temps de prise d'environ 5 minutes). Ensuite, vient le démoulage suivi du coulage du plâtre pour le premier et unique tirage, car l’alginate se détruit dès cette première utilisation. Cette opération requiert environ 50 minutes au total.

De retour dans l'atelier, l'artiste réalise un moulage de chaque tirage avec de l'élastomère (silicone), suivi d'un contre-moule en résine fibrée. Ce moule lui permettra de produire un très grand nombre de tirages avec de nombreux matériaux tels que le plâtre, mais surtout l'argile ou la résine. Ces tirages seront ensuite exposés et mis en scène à travers un accrochage soigneusement orchestré, délivrant ainsi leurs messages.

Dimension artistique

Yazz, artiste plasticien, fort de ses expériences pluridisciplinaires acquises au cours de ces 30 dernières années dans le domaine de la peinture, la sculpture, la marbrerie et l’utilisation du plâtre, bois, polystyrène, acier, etc., improvisera une mise en valeur de ces portraits par des peintures, patines et ornementations dans les matériaux susnommés afin de les magnifier et de restituer l’émotion que les visiteurs, lors des expositions, pourront interpréter à leur gré.

Objectifs

Humainement, le projet se distingue par trois thématiques sur lesquelles l’artiste articule son travail : le contact, l’empreinte et la reconnaissance.

Le contact, c’est celui que l'artiste développe lors de ses rencontres avec les réfugiés désireux de participer au projet. C’est également celui qu'il instaure entre le public et ces individus, par l’intermédiaire d’œuvres sculpturales, utilisant l’art comme langage universel. Le contact dans une langue étrangère représente un handicap majeur pour les migrants arrivant sur une terre inconnue, où la réticence à leur accueil est souvent présente.
L'empreinte c'est celle que l'artiste capture dans le plâtre et retranscrit dans un tirage d’argile, matériau symbolisant la terre mère. L'empreinte de leurs visages qui témoignent de leurs origines et des épreuves qu'ils ont traversées, de leur existence passée et de leur réalité actuelle, l’empreinte des Dublinés. L’empreinte, ils en sont destitués : c'est celle qui s’évanouit, parfois, lors de cette traversée du globe.

Enfin, la reconnaissance évoque la mise en valeur de ces visages à travers leur exposition sur les murs de nos villes et dans l'espace public, permettant ainsi d’ennoblir leur présence aux regards des passants et d'instaurer un climat d'accueil et de reconnaissance envers ces nouveaux arrivants. Le manque de reconnaissance, c’est le handicap de ces étrangers qui arrivent dans le plus profond anonymat administratif et physique.
Les objectifs du projet sont les suivants :

• Sensibiliser le spectateur à la réalité des réfugiés, en leur offrant une plateforme d'expression et de reconnaissance au sein de l'espace public via les différentes associations locales partenaires qui œuvrent à leur intégration, et galerie privé à résonance internationale, grâce à l’association le Pavillon International des Art de l’artiste Gao Bo, qui recevra l’exposition.

• Favoriser l'interaction et le dialogue entre les communautés locales et les nouveaux arrivants, à travers une démarche artistique inclusive et participative.

• Mettre en lumière la résilience et la force de ces personnes marginalisées, en leur donnant une visibilité symbolique à travers des œuvres d'art installées dans des lieux stratégiques.

• Promouvoir la diversité culturelle et l'inclusion sociale en inscrivant la présence des réfugiés dans le paysage urbain, comme un rappel constant de notre responsabilité collective envers les droits fondamentaux de l'homme.

Epilogue

Le projet "Toujours Vivants" se présente comme un manifeste culturel qui va de la rencontre artistique à la participation active, jusqu’à l’inscription de son existence dans des espaces d’exposition. Les supports privilégiés de ce sculpteur sont les murs, car ils incarnent les limites physiques ainsi que celles du cœur : ces personnages les transcendent dans une expression d'humanité sans frontières. La pérennité de la sculpture, en contraste avec la précarité de la situation des personnes représentées, souligne leur courage et leur persévérance, ou plus simplement leur existence.

Une captation vidéo accompagnée de photographies sera également réalisée afin de pérenniser le projet, permettant sa diffusion lors de festivals dédiés ou au sein des lieux associatifs concernés, par exemple le festival Agir pour la dignité à Montreuil, le festival Des passeurs de l’humanité dans la Vallée de la Roya, la plateforme documentaire Tënk, etc. Ce documentaire fera également état de ses rencontres avec les réfugiés, de ses moments d’intimité, de leurs témoignages, et du processus artistique sans cesse en évolution.
sculpture argile
Par la suite, pour perpétuer le projet, des installations urbaines seront également organisées par l'artiste, œuvrant en solitaire ou en collaboration avec des associations, à l'occasion des différentes Journées mondiales consacrées à cette cause, telles que le 20 juin (Journée mondiale des réfugiés), le dernier dimanche de septembre la journée mondiale du migrant et du réfugié, le 10 décembre (Journée internationale des droits de l'Homme), le 18 et 20 décembre (Journée internationale des migrants et de la solidarité humaine). Bien sûr, cette exposition, tout comme ces acteurs l’ont fait, est appelée à traverser le monde.

"Toujours Vivants" se présente comme une ode à la résilience, une prise de conscience de la fragilité du quotidien. Par le biais de cette démarche artistique, l'artiste s'engage à tisser des liens entre les univers en créant du beau avec la matière, partant de l’humain comme support, utilisant la matière organique qu’est l’argile pour créer, il modifie les esprits et brise les frontières de l'indifférence, faisant naître un souffle de compassion dans nos espaces urbains. En soutenant ce projet, la DRAC & la Région Normandie contribuent non seulement à la création artistique, mais investissent aussi dans la promotion des valeurs humanistes et dans la construction d'un dialogue interculturel. Le projet "Toujours Vivants" promet d'être bien plus qu'une exposition ; il se veut le reflet d'une société inclusive, où chacun, quel que soit son parcours, trouve sa place et sa voix.
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