Textes poèmes et récits

par Yazz  -  13 Mai 2016, 13:33  -  #Poème et récits

 

 

Ecrire

 

 

 

Mon nouvel ami,un ptit calepin Rhodia, sept francs,couleur orange, format 8,5x12. "Bonjour je voudrais le format qui tient dans la poche et dans une pièce de dix balles".

 

Je l'avais lorgné au dessus du comptoir, cette couleur comme une madeleine de Proust, le petit modèle pour timide, frustré, idées courtes, non, bourlingueur, instantané, sens pratique, enfin bref il me fallait du papier pour écrire, ça aurait du être ça ma question avant que je l’aperçoive.

 

Je voulais écrire quoi tout à l'heure avant de l'acheter? Je ne sais plus. Je me souviens juste que j'étais maussade, le temps m'accompagnait et perlait des gouttes de pluies sur la vitrine du café. Je me rappelle avoir manqué de papier, de bière, de compagnie, ou pas. J'aurais pu facilement me passer de compagnie, un peu moins de bière, mais mon besoin primaire c'était d'écrire.

 

Je reviens donc, moi tout seul, à cette idée bien perso, préconçue, que je n'écrivais jamais épanoui et heureux, il me faut de la mélancolie, du vague à l'âme. Ça va vite faire chier le lecteur, en tout cas ça va le cibler, bonjour le public de névropathe, je sais déjà que je ne solderais pas mes écris les soirs de pleine lune, à moins que je solde toute l'année, toute ma vie.

 

Lointaine est la date depuis longtemps écoulée et au combien oubliée à laquelle je me suis dis: "il faut que je couche les mots de la personne qui se dédouble dans ma vie".

 

Nous avons donc à faire à un schyso névropathe cyclique. On cible de plus en plus, là on trie sur le volet, il ne restera parmi mes lecteurs que les curieux, les incurables, l'élite ou plutôt la crème des HP.

 

 

 

 

 

 

Naissance

 

 

 

J’ai l’impression qui me vient

 

Elle arrive, je la sort du bout de doigts, j’impressionne, j’écris du cœur. La pression de l’âme, la précision des sens, potion de la vie, position de l’envie, passion.

 

J’aimerais placer les mots les plus simples, des phrases qui ne s’inventent pas ; un alliage superbe, une liqueur divine, qui caresse l’esprit de l’homme et allume ses feux.

 

Pas de naissance

 

Et volatile comme les sens

 

Le sentiment certain

 

Que pour la vie on s’en souviens

 

 

 

 

 

 

Tailleur de pierre

 

 

 

Des moulures à tirer sur des centimètres, des mètres, congé, doucine, chanfrin, quart de rond, boudin et bien d'autres.


Ne pas se planter d'un millimètre, d'un demi millimètre en marbrerie, sinon 3, 6, ou 12 heures de travail à la poubelle.


Bon j'exagère peut être un peu, y'a toujours moyen de cacher la misère pour 1 millimètre, mais la tension est là, jusqu'à ce que la confiance en soi vienne, à force d'aiguiser son oeil, d'apprivoiser son geste, de le rendre fluide et naturel, raccourcir l'espace entre soi et la matière.Rester humble et ne jamais perdre de vue la rigueur, sinon la matière te le rappelle.La puissance de la massette, la tenue du ciseau, entre l'index et l'annulaire, le bruit strident des chemins de fer, dévorants et oreillards. La poussière, des centimètres d'épaisseur de poussière qui se dépose partout, colle les poils du nez, odeur âcre ou poivrée selon la nature des pierres.
Et puis les premières arêtes vives qui viennent accrocher la lumière, les fonds d'arêtes qui circulent réguliers et qui nous emmènent visiter la pierre.


Alors on se recule, on observe, une cigarette sort de la poche sans quitter le caillou des yeux, on se félicite, c'est pas pire, ça pourrait être mieux, allez, on y retourne.


 

 

 

 

 

En Transit

 

 

 

Printemps

 

Micheline est partit. De ces êtres qui décollent de la surface de la terre sans atteindre le ciel. Qui restent dans ce no mans land. Ses yeux voient mais ne reconnaissent plus. Elle a fait cramer la bibliothèque. Pas de passé, pas d’avenir. Son regard glisse sur moi et sur les hôtesses d’accueil du centre commercial qui voient bien que là c’est grave. Je la prends par l’’épaule, lui pose des questions, sa tête oscille, elle lève les yeux au ciel, fait la moue, rien, elle ne se souvient de rien. Je comprends, Alzheimer l’a dépoté. Elle ne reconnaitra jamais plus personne. Je garde en moi ces moments où elle venait aux cours de sculpture et où elle nous parlait de sa vie passée de prof de math, de ses élèves et de ses révoltes qui l’animaient. Je l’ai revu hier, perdue dans cet hypermarché. « Vous l’a connaissez ? Vous savez où elle habite ? Sa carte bleue ne fonctionne plus, elle ne sait plus où elle habite ». Aux effluves d’urine j’ai compris que ce n’étais pas la peine d’insister. Je l’ai charrié et j’ai réussi à la faire rire, c’était bon, ça m’a fait du bien.

 

 

Eté

 

Ca m’a soulagé d’une blessure jamais refermée, d’une autre amie en transit, au regard clair par un après midi de juin. Annick, assise dans un transat, moi à genoux devant elle, les mots ne sortaient plus de sa bouche, son corps était pétrifié, Parkinson l’avait empoté. Son regard me fixait et avec toute la peine du monde elle prononça ces mots « J’ai peur ». A ce moment je l’ai vu derrière ses yeux, j’ai vu la prison où elle se trouvait, qui était son corps, et son esprit me parlait du plus profond. J’ai été anéanti par mon impuissance, par sa détresse, et je suis parti me cacher derrière la battisse qui nous servait d’atelier pour exploser en larmes, j’en pleure encore, j’en pleurerais toujours.

 

 

Hiver

 

Comme si ils se tenaient tous la main dans une farandole éthérée cela me ramène 25 ans en arrière. Le 25 décembre 1991 tombait un vendredi, 26 c’était son âge, 35 son poids. Parfois les chiffres laissent une empreinte bien plus indélébile que n’importe quel sentiment. Dans la chambre saturée de fumée de l’hôpital Intercommunal, visière baissée sur nos yeux vitreux, l’infirmière avançait tête baissée pour prendre le dernier relevé affiché en bout de lit. Philippe se redressa dans son lit avec son sida et sa tuberculose que l’on faisait tourner au bout d’un splif, il demanda « Madame, je vais mourir ? », Elle ressortit de la chambre toujours tête baissée sans répondre. Terre à terre, il avait nourrit en moi ce terreau que la vie même se désintégrant était à consommer jusqu’à la plus infime particule.

 

 

Automne

 

Aujourd’hui je n’ai toujours pas de nouvelles de Kurt depuis le mois d’octobre, il devait m’envoyer sa barbichette par la poste, d’Allemagne. Il était parti retrouver un bout de sa fratrie, tous issus de la DDASS. Kurt est sdf depuis plus de 30 ans. Pas de pot. Je vais dormir jusqu’à demain et attendre de ses nouvelles.

 

 

 

 

 

 

Mon vieux

 

 

 

Hier soir j’ai passé une partie de la nuit à discuter avec mon pote Claude, à échanger sur les lieux que l’on à traverser aux mêmes époques, ou à d’autres, sans se rencontrer. Les souvenirs remontent et évoquent la seine et marne, Ozoir et Villiers, où il glanait sur les fermetures des marchés, où il chinait et refourguait ce qu’il avait récupéré d’un vide grenier. On passait ensuite à Montreuil rue Davout ou de la rue St Denis à la porte St Martin où un copain plus vieux que lui à l’époque, Arnold, se faisait tabasser tout les jours par un julo casse-croute nommé Gaston (ça ne s’invente pas)qui avait mis sa femme sur le trottoir. Tout ça jusqu’au jour où mon Claude tout jeune sortit du coffre de la voiture du Arnold pour mettre une peigné à Gaston.

 

Les histoires se suivent qui exhalent des parfums de vieux films de Louis Jouvet et d’Audiard. Ses aventures parlent d’amitié, d’honnêteté, de pardon et de précarité rythmées par des frics fracs, des chantiers et des transits de marchandises.

 

En dessous du compteur électrique bleu à côté duquel sortent deux câbles fixés avec des pinces crocos, au milieu des carreaux de faïences au ¾ décollés, il me sort une bouteille. Il ne boit pas trop, et celle là est là depuis 2009 d’après l’étiquette. Il fait trembler le goulot au dessus de mon verre. De ma main qui tient le verre je libère mon index et plaque le goulot sur le bord de mon godet.

 

Il a 75 ans mon Claude, il est en pleine forme, il conduit toujours son vieux ford transit à benne pour déménager des greniers de grand-mère ou pour des chantiers, il a juste une petite tremblote dans les mains. Alors son docteur lui a refilé un médoc pour ça, l’empafé celui là. Mais heureusement comme il encore toute sa tête et de bons yeux il a lu la notice et a arrêté tout de suite sa prescription.

 

Après avoir traversé tout ce qu’il a traversé sans accrocs physique notable, vla qu’il a faillit se faire dessouder par un toubib de campagne. Je voulais en faire une publication drôle mais je n’y arrive pas.

 

 

 

 

 

 

Fils de chien

 

 

 

Mon grand père était un indien

Et ma grand-mère une squaw

De l’un j’ai gardé l’instinct

Et de l’autre la peau.

 

Son père était une cathare

Et sa mère une catin

J’ai en moi l’esprit anar

Et le gout de la faim.

 

Je suis un fils de batard

Je suis le fils de rien.

Je vois en vous mes tares

Mon passé est dans chacun.

 

Je suis un fils de chien

Je n’ai rien de Rimbeau

Mais c’est dans mon prochain

Que j’ai trouvé le beau.

 

 

 

 

 

 

Dr Gainsbourg et Mister Gainsbarre

 

 

 

Quand Gainbourg se barre

Gainbarre se bourre

Gainsbourg fêtard

Gainsbarre fait l’tour

Dans tous les bars

A tard dans les bourgs

Gainsbourg pas pur

Les ptits ricards

Ginsburg pas pour

Les nuits triquard

Gainbarre en retour

Gainbourg en retard

Gainsbourg en amour

Gainsbarre en a marre

Quand Gainsbourg largue les amarres

Gainsbarre largue les amours

Gainsbourg le mur

Ginsburg l’amour

Gainsbourg s’enterre

Ginsberg s’entoure

Des petits verres que s’avale Gainsbourg

Aux petits vers qui savourent Gainsbarre

Dans le cerveau de Gainsbarre aux anamours

Au caveau de Gainsbourg aux anamarres.

 

 

 

 

 

 

Vivre

 

 

 

A quelle image voulez vous que je ressemble, à celle du sage ou celle du fou comme bon vous semble. Volets fermés en pleine journée ou lune qui luit dans la nuit. Je suis ici, je suis partout, toujours debout et sans répits. Je bouffe la vie par les deux bouts, c'est cette folie qui creuse mon trou. Le cœur en liesse, le ventre remplit, de vin de messe et d'eau de vie. Sans que ne presse, mes amis, dans l'allégresse, fêtons la vie. J'aime mes amis et j'aime la vie. Mon caractère dépasse les sphères. A tous les actes je m'adapte, à tout les esprits je souscris. Je suis l'adepte aux milles facettes, le disciple de tous les périples. Je veux vivre mille vies et mourir dans cent ans. Je n'ai pas le temps de haïr ni de choisir mon camp. Je suis l'homme sans identité qui en chacun a trouvé, le bonheur irrationnel, l'amour universel.

 

 

 

 

 

 

Amis entiers

 

 

 

Au loin soupir les anges, regards plein de douceur et de voluptés, leurs gestes maniérés restent imprimés black sur white sur les cellules sensitives de ma mémoire. Des yeux transparents, qui semblent dénués de tous jugements, ou dont la pureté profonde m'a égaré un moment. Comme aspiré par le vide, je cherche au fond de ces petits soleils, dont la lumière sillonne mon espace, ce havre de paix tant convoité par ces âmes égarées aspirants à une quelconque affection.

 

Mes amis, pourquoi n'ai je pus me mourir en vous. La chaleur de leurs esprits avait fait s'évaporer mes larmes. Je me fondais en vous. Dans le foyer de votre ardeur ; dans le moule de votre passion.

 

 

 

 

 

 

Voyageur d'ici

 

 

 

J'ai vu des étoiles chavirées, des planètes explosées, j'ai voyagé dans son regard qui doit maintenant bouffer l'univers.

 

J'ai connu les plus belles des peurs et les pires joies. J'ai suivi comme un chien ce qui m'était donné sur terre. J'ai aimé à m'en faire éclater le cœur. J'ai vieilli plus vite, ma faim c'est fait surprendre par l'infini. J'ai gerbé mes tripes, vertige devant l'absolue, portes de la mort, perdu la raison. Y'a quelque chose qui me ronge. Je peux plus m'arrêter, je veux crever d'amour à deux cents à l'heure, la gueule dans les étoiles, le sourire dans les nuages divinisé par les reflets lunaire, l'esprit ailleurs avec mes p'tits frères.

 

 

Et vous croyez me baiser avec vos conneries !?

 

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